
Quel immobilisme ?
En effet, je crois en l’existence de plusieurs types d’immobilisme à des degrés différents passant de la simple difficulté de changer de job et de ne rien faire pour en trouver un autre à s’isoler du monde, cloîtrer chez soi sans emploi, sans sortir où chaque tâche est devenue une montagne infranchissable que nous avions tant de facilité à dépasser lorsque tout allait bien.
Oui, c’est de celui-ci dont je souhaite traiter, celui qui te fait sentir un manque d’énergie, constamment fatigué, toujours à plat, KO où tu n’as plus confiance en toi et malgré des tas de désirs, tu n’arrives pas à les réaliser. Faire le ménage, s’occuper de son administratif… t’abat déjà sans même avoir débuté.
Le pourquoi c’est bien, mais le comment c’est mieux !
Souvent, nous pensons qu’en répondant à la question de comprendre un tel état suffirait à vous éclairer, certes, mais également à vous en libérer. Regrettablement, ce n’est pas le cas !
Toutefois, l’émotion de la peur apparaît souvent comme le dénominateur commun. Peur de qui ? Peur de quoi ?
Un de mes consultants, Joffrey, était étudiant lors de notre rencontre. Il débute sa dernière année sous de beaux auspices, car il a une petite amie depuis l’été dont il est follement et éperdument amoureux. Un jeune homme romantique espérant sa première fois avec la personne qu’il aime. Lors de ce premier trimestre d’étude, il est focalisé sur l’évolution de son couple et surtout sur l’évolution de leur intimité pouvant mener à cette première fois, mais Anna, sa petite amie, n’est pas à la même vitesse, à la même envie. Joffrey ne lâche pas prise avec son désir et ses résultats scolaires s’en font grandement ressentir jusqu’à ne pas être préparé pour ses examens de Noël contrairement à son habitude. De plus en plus incapable de travailler, de réviser, constamment fatigué, se sentant dépassé et anxieux à l’approche du mois de décembre, il finit par ne pas se présenter aux examens
De quoi avait-il peur ?
De retour en cours après les vacances de Noël, Joffrey s’est senti incompris. En effet, deux de ses profs insistaient afin qu’il passe l’examen de leurs cours. Parmi eux, son enseignant d’anglais qui avait vraisemblablement remarqué son immobilisme et lui dit dans la langue de Shakespeare : « Be active ! » (soit actif !). Au-delà de l’incompréhension, le dialogue interne de Joffrey fut : « Merci pour la compréhension et là, je te mettrais bien un coup de batte de base-ball dans la tronche ! »
L’enseignant n’a en sa possession qu’une partie de la bonne réponse.
L’audace commence par de petites choses, la victoire sur soi par des combats minuscules *

L’action est bien le cœur de la solution et pour compléter… ce n’est pas si facile, cela demande une certaine énergie. Enfin, les actions doivent être adaptées à votre degré d’immobilisme. Souvent, nous attendons d’aller mieux pour passer à l’action et cela n’arrive que rarement. C’est en passant à l’action que nous allons mieux. Comment faire ?
Pour répondre, nous partageons une tranche de vie de Joffrey, mais quelques décades plus tard et ainsi, plantons le décor :
· Joffrey est quarantenaire
· Sans emploi et au RSA
· Quelques amis
· Habite seul et célibataire
· Ses journées se ponctuent entre la TV (séries, films) et les jeux vidéos
· Il se couche tard, se réveille tard et fait une sieste dans l’après-midi
· Il ne se douche pas tous les jours
· Il est en retard sur de l’administratif
· Il a du mal à faire son ménage, la vaisselle, le linge
· Son compte bancaire et tout le temps dans le rouge
· Il ne recherche pas de manière active un nouvel emploi
· Il est toujours fatigué, au ralenti et a de temps en temps des crises d’angoisse
· Il a perdu confiance en lui et déprime un peu
Se remettre en route quand la locomotive est totalement arrêtée nécessite une grande énergie, mais le coût est bien moindre et le retour sur investissement bien plus fort et positif que de rester immobile.
1. Prendre sa douche tous les jours
Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais c’est déjà énorme et comme Pierre Blanc-Sahnoun le mentionne très justement : « L’audace commence par de petites choses, la victoire sur soi par des combats minuscules. » De plus, inconsciemment, lorsque tu prends ta douche et que tu t’apprêtes c’est pour générer une action : aller au travail, à la FAC, sortir, faire les courses, etc. Et en restant sans se doucher et habillé de ses vêtements de glandouilleur, l’esprit comprend et aspire à paresser. Habille-toi bien sans aller jusqu’à la tenue du réveillon de la Saint-Sylvestre, car c’est très bon pour l’estime de soi (se sentir valable). Réaliser cette petite action tous les jours pendant plusieurs jours, même si Joffrey conserve le programme de sa journée (TV, séries…) augmente la confiance en soi (se sentir capable). En effet, moins on agit, plus on fait s’effondrer sa confiance en soi**.
2. Créer, entretenir et conserver du lien avec les autres
Il est indispensable de cesser de s’isoler et les personnes qui souffrent de dépression adoptent généralement la position inverse en s’isolant**. Accepter les invitations de vos amis, de votre famille, multipliez les rencontres sociales avec eux, inviter également et certes, Joffrey se dit : « Que vais-je leur raconter ? Vu ma situation personnelle et professionnelle décrite ci-dessus, que vont-ils penser de moi ? (Estime de soi) ». Soyez fier de ce que vous faites et non, à la différence du narcissisme, de ce que vous êtes **. Soyez fier de créer, entretenir et conserver du lien avec les autres de manière réelle et non virtuelle (MMS, SMS, Chat, etc.). Ce dernier peut être bien pour se lancer, cependant soyez acteur dans la vraie vie. Cette solution du lien aux autres est souvent négligée alors qu’elle est d’une puissance fondamentale.
Et si comme Joffrey, les amis travaillent la journée et tu n’as pas beaucoup de moyens financiers, voici une liste non exhaustive d’idée sortie : cinéma, aller à la messe créer ou participer à des sorties OVS (on va sortir !), se rendre dans un super ou hypermarché non pas pour acheter, mais pour un bain de foule, un bain de société, boire un verre dans un pub, bénévole dans une association… L’idée réside dans le fait qu’en l’absence d’interactions, nous puissions être au plus proche de la société, au plus proche des gens.

3. Faire du sport !
Faire du sport c’est être en mouvement mécanique donc bouger, avancer… autrement dit, être ACTIF. Quelles que soient vos capacités physiques et financières, nous pouvons dire vraisemblablement dire qu’il y a un sport pour tous. Cela va de la simple marche dont les vertus méditatives, physiques et mentales ne sont plus à démontrer jusqu’aux sports de combat (excellent pour la confiance en soi). D’ailleurs, selon Stéphane Demorand (le point – 04/02/2019), seulement deux heures de marche par semaine ont pour effet de diminuer le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) de 30 %. La mémoire n’est pas en reste, marcher durant 40 minutes trois fois par semaine aurait des effets protecteurs sur les zones du cerveau en charge de la mémorisation. Enfin, les symptômes de la dépression se verraient réduits de 36 % avec la simple réalisation de 30 minutes de marche quotidienne. « La marche est le meilleur remède pour l’homme », disait Hippocrate.
Pratiquez un ou des sports ludiques, plaisants et n’attends pas d’observer les effets bénéfiques de suite. Parfois, cela demande un temps adapté pour sentir les premiers bienfaits et par conséquent, être régulier et tenir bon !
4. Tester la règle des 5 minutes
L’argent appelle l’argent, paraît-il ! Quoique je n’ai jamais eu la chance à ce jour de vérifier ce principe, il est correct d’énoncer que l’immobilisme appelle l’immobilisme et cristallise les peurs** et ainsi, par extension, l’action appelle l’action. De petites actions en petites actions jusqu’à celles de plus en plus importantes reportées maintes et maintes fois, voici comment avancer et récupérer de plus en plus confiance en soi. Et si cela bloque un peu ? Utiliser la règle des 5 minutes !
Technique utilisée pour la procrastination, la règle des 5 minutes est simple. Par exemple, Joffrey a une démarche administrative importante à réaliser. Je lui conseille de s’y atteler que 5 minutes et dans la majeure partie des cas pour ne pas dire systématiquement, la personne y travaille bien plus que 5 minutes. Le plus dur n’est pas de réaliser la tâche, mais de démarrer.
Épilogue

Lors de sa vie estudiantine, Joffrey décide de ne pas poursuivre sa dernière année. Bien évidemment, ce qui a eu pour effet de rater celle-ci. À la rentrée suivante, Anna le quitte et Joffrey opte pour profiter de la vie afin de gérer sa souffrance. Cette réaction comportementale l’écarte une seconde fois de ses études et le plat de l’absence de préparation doublé de l’envie de fuir lui est de nouveau présenté. Sauf que, je l’oblige à vivre l’expérience et à traverser sa peur de l’échec. De manière très inconfortable, il se présente à l’examen sans avoir étudié. Sans surprise, son résultat est médiocre, mais ce n’est pas cela le plus important. Il a vécu et traversé la peur de l’échec en observant qu’il est toujours en vie à l’issue, il n’est pas mort pour autant. Cette expérience lui a permis de poursuivre et de réussir sa dernière année.
Quant à sa vie de quarantenaire, il applique les 4 solutions pour se remettre simplement en route et d’action en action, de petites victoires en petites victoires, il reprend peu à peu confiance en lui, mais surtout, il sort du mode subir pour le mode AGIR. Une nouvelle fois, la peur de l’échec (ne pas réussir à trouver un nouvel emploi) et la peur de ne pas en être à la hauteur sont à l’origine de son immobilisme. Toutefois, à ce moment précis de sa vie, le plus important dans son histoire est de se remettre en route, car comme disait Sénèque :
« La vie n’est pas d’attendre que l’orage passe, mais c’est d’apprendre à danser sous la pluie »
Johann BLONDEAU — Ressources & Thérapies
*Pierre Blanc-Sahnoun — Coach d’entreprises — 09/2019 — psychologies.com
**Christophe Andre — Psychiatre — 11/2016 — RTBF
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